Au Mali, les combats se poursuivent pour le camp militaire d’Anéfis, verrou stratégique du nord
Au Mali, les combats se poursuivent pour le camp militaire d’Anéfis, verrou stratégique du nordDans le nord du Mali, les combats se poursuivaient encore ce lundi 6 juillet au matin pour le contrôle du camp militaire d’Anéfis, dans la région de Kidal. Des paramilitaires russes de l’Africa Corps et des soldats maliens y sont retranchés depuis l’offensive coordonnée lancée samedi 4 juillet par les djihadistes du JNIM et les indépendantistes touareg du FLA.

Un hélicoptère russe abattu au Mali près d’Anéfis par les soldats du FLA le 05 juillet 2026.
© TV5MONDE
Les combats se poursuivaient lundi 6 juillet au matin pour la prise du camp d’Anéfis, dans le nord du Mali, deux jours après une vaste offensive coordonnée à travers le pays menée par une coalition d’indépendantistes touareg et de djihadistes.
Les djihadistes du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affiliés à Al-Qaïda, et les indépendantistes du Front de libération de l’Azawad (FLA) ont mené samedi 4 juillet au matin de nouvelles attaques du nord au sud du pays, un peu plus de deux mois après une précédente offensive lors de laquelle ils avaient pris la ville stratégique de Kidal et tué le ministre de la Défense.
Ces attaques coordonnées ont visé samedi Gao, dans le nord, Sévaré, dans le centre, et Kenioroba, dans le sud du pays. Elles ont été de courte durée : les groupes armés se sont retirés ou ont été repoussés. Anéfis, en revanche, position stratégique de la région de Kidal, était le véritable objectif des groupes armés et fait toujours l’objet d’une âpre bataille.
Anéfis et Aguelhok, dans la région de Kidal, sont les derniers lieux où l’armée malienne est présente depuis les attaques des 25 et 26 avril, qui avaient fait passer Kidal sous le contrôle des indépendantistes touareg.
Anéfis assiégée et bombardée
« Ce (lundi) matin, les rebelles et leurs alliés du JNIM ont lancé des obus en direction du camp où sont retranchés les combattants russes d’Africa Corps et des militaires de l’armée malienne. Hier soir, des informations ont fait état de l’utilisation de drones kamikazes par les Russes », a indiqué une source sécuritaire. Selon RFI, plusieurs salves d’obus et de drones kamikazes ont été tirées sur le camp, depuis l’aube et dans le courant de la matinée de lundi.Lire la vidéo
Dimanche matin déjà, des tirs avaient empêché quatre hélicoptères de l’armée d’atterrir à Anéfis, a rapporté RFI. Un convoi parti de la ville de Gao pour porter assistance aux troupes retranchées a même dû rebrousser chemin après avoir été pris pour cible par le FLA. « Le renfort qui a quitté Gao pour soutenir les troupes russes et l’armée malienne est tombé dans une embuscade à quelques kilomètres d’Anéfis » avant de « rebrousser chemin », a expliqué une autre source sécuritaire. Des renforts du FLA sont par ailleurs arrivés à Anéfis tôt lundi matin à bord de plusieurs dizaines de véhicules armés, a affirmé un élu local.
Les bilans matériels diffèrent selon les sources et restent invérifiables de manière indépendante. Le collectif de journalistes ouest-africains Wamaps évoque « entre cinq et huit véhicules militaires » détruits lors de l’embuscade. RFI rapporte, elle, qu’une quarantaine de véhicules sous escorte aérienne sont tombés dans une embuscade, qu’un hélicoptère a été abattu à Tabrichat, et que le convoi a abandonné sept véhicules, parmi lesquels des camions chargés de carburant et de munitions.
Dans un sujet diffusé par TV5MONDE, le chef d’état-major du FLA confirme, pour sa part, un bilan de « un hélicoptère abattu, 4 véhicules capturés, et un camion mis à feu » à Tabrichat. Le FLA revendique de son côté « beaucoup de matériel détruit et de morts », ce qu’il est impossible de vérifier de source indépendante, précise RFI. Sollicitée par RFI, l’armée malienne n’a pas donné suite.Lire la vidéo
Dans un communiqué diffusé lundi matin, l’armée malienne n’a pas mentionné ces épisodes mais a assuré que les forces nationales « sont restées engagées avec détermination, poursuivant les combats tout au long de la journée avec courage et discipline ». L’armée avait indiqué avoir mené des frappes aériennes samedi à Ti, Konna, Somadougou et Kouakourou, dans le centre du pays, ainsi qu’à Anéfis, contre des « véhicules cachés sous des arbres », évoquant des « terroristes » « neutralisés » et en « débandade », et assurant que « les opérations se poursuivent ».
De nouvelles frappes ont eu lieu dimanche et lundi matin dans un rayon de trois à quatre kilomètres autour du camp, à l’aide d’avions Soukhoï et de drones. Les indépendantistes ont assuré n’avoir subi aucun dégât, ce qu’il est là aussi impossible de vérifier, selon RFI. L’Africa Corps russe a de son côté diffusé les mêmes images de frappes de drones datant de samedi, commentant sur les réseaux sociaux : « Nous sommes de Russie, nous continuons de détruire les terroristes en République du Mali. » Des messages de menaces ont également visé Iyad Ag Ghaly, chef du JNIM, et Mohamed Elmaouloud Ramadane, porte-parole du FLA.
Pas de négociations pour le moment
Des rumeurs circulent sur de possibles négociations entre le FLA et l’Africa Corps, rapporte RFI. Fin avril, les Russes avaient obtenu, de cette manière, de quitter Kidal sains et saufs après leur défaite. Cette fois, l’Africa Corps, dans ses communications, et le FLA, joint par RFI, démentent toute négociation. La bataille d’Anéfis se poursuit donc. La localité représente un enjeu stratégique pour protéger Kidal, conquise le 25 avril par les forces armées, qui contrôlent également Tessalit.
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Dimanche, l’Union africaine a condamné, dans un communiqué, « avec la plus grande fermeté les attaques terroristes » de samedi et réaffirmé sa « pleine solidarité » avec les autorités maliennes, estimant que « le terrorisme et l’extrémisme violent continuent de constituer une menace grave pour le Mali, le Sahel et l’ensemble du continent ».
« Ces attaques coordonnées du JNIM et du FLA visent à submerger l’armée malienne et (les paramilitaires russes de) l’Africa Corps, et elles semblent y parvenir », a indiqué Rida Lyammouri, chercheur au think-tank marocain Policy Center for the New South (PCNS). « Pour l’instant, l’objectif semble être la prise et la sanctuarisation du nord, avant de descendre plus au sud », a souligné de son côté un chercheur associé à l’institut de recherche stratégique de l’Académie internationale de lutte contre le terrorisme, basé à Abidjan.
Stratégie d’usure
Face à cette stratégie d’usure, le régime militaire du général Assimi Goïta, arrivé au pouvoir par un double coup d’État en 2020 et 2021 et qui a tourné le dos à l’ancien colonisateur français au profit des paramilitaires russes du groupe Wagner devenu Africa Corps, peine à garder le contrôle du territoire. « L’État contrôle Bamako et quelques poches stratégiques à l’intérieur du pays, c’est tout. Le reste est flottant », pointe Bakary Sambe, directeur du Timbuktu Institute basé à Dakar.
La capitale elle-même n’est pas épargnée par le conflit et subit depuis des mois des blocus à répétition des djihadistes, qui asphyxient son économie et provoquent des pénuries de carburant. En septembre 2024, une attaque contre l’aéroport militaire de Bamako et l’école de gendarmerie avait fait plus de 70 morts et 200 blessés, selon des sources sécuritaires.
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Après la mort du ministre de la Défense Sadio Camara, tué fin avril à son domicile de Kati, le chef du régime a lui-même repris les fonctions de ministre de la Défense et pris plusieurs mesures pour sécuriser le pays : interdiction des motos hors des grandes villes, immatriculation obligatoire, interdiction pour les civils de se rendre dans les forêts soupçonnées de servir de repaires aux djihadistes. « Ces mesures peuvent réduire certaines capacités des acteurs armés hostiles à Bamako, mais elles ne suffisent pas à empêcher une nouvelle séquence d’attaques », souligne l’analyste Julien Hoffmann.
Le Mali est en proie depuis 2012 à une crise sécuritaire nourrie par les violences de groupes affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique, ainsi que par des groupes criminels communautaires et des mouvements touareg indépendantistes, à laquelle s’ajoute une grave crise économique.
« Nous avons infligé d’importantes pertes à l’ennemi. Nous ferons plus tard un bilan plus complet », a déclaré le porte-parole du FLA, Mohamed Ramadane.