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💔 « Elle voulait seulement lui faire plaisir
 les injections dans ses fesses lui causent aujourd’hui des souffrances terribles ! »

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Yadira Pérez a souffert pendant 16 ans de douleurs sévÚres causées par les biopolymÚres.

CrĂ©dit photo,YADIRA PÉREZ

Légende image,Yadira Pérez a souffert pendant 16 ans de douleurs sévÚres causées par les biopolymÚres.

    • Author,Valentina Oropeza Colmenares
    • Role,BBC News Mundo
  • Published

Yadira PĂ©rez s’est fait vider les fesses.

Lorsqu’elle montre la photo du tissu que le chirurgien a retirĂ© il y a quatre mois, elle montre des sphĂšres jaunes et visqueuses.

« Ces petites boules sont des biopolymĂšres », explique la photographe vĂ©nĂ©zuĂ©lienne de 43 ans, comme si cette accumulation de tissus et de sang sĂ©chĂ© n’Ă©tait pas la sienne.

« Certaines de ces petites boules se sont incrustĂ©es dans le muscle de mon fessier droit et m’ont causĂ© une douleur insupportable.

Yadira a payĂ© pour se faire injecter des biopolymĂšres dans les fesses Ă  l’Ăąge de 26 ans.

Bien qu’elle se considĂšre comme une jolie femme avec une belle silhouette, son petit ami de l’Ă©poque Ă©tait obsĂ©dĂ© par l’idĂ©e qu’elle ait un « gros cul ».

Et elle voulait lui faire plaisir.

Lorsqu’elle a eu ses premiĂšres rĂšgles aprĂšs l’injection des biopolymĂšres, ses fesses sont devenues rouges, dures et chaudes. Elle ne pouvait ni s’asseoir ni s’allonger.

Depuis, Ă  chaque fois qu’elle a eu ses rĂšgles, elle a prĂ©sentĂ© les mĂȘmes symptĂŽmes.

Les biopolymÚres sont des substances synthétiques qui augmentent la taille des lÚvres, des seins et des fesses.

En 2021, 14 ans aprĂšs l’intervention de Yadira, les autoritĂ©s vĂ©nĂ©zuĂ©liennes ont interdit l’utilisation des « produits de comblement » dans les chirurgies esthĂ©tiques, Ă  l’instar d’autres pays de la rĂ©gion tels que la Colombie, le BrĂ©sil et le Mexique.

Étant donnĂ© que bon nombre de ces procĂ©dures sont informelles ou clandestines, il n’existe pas de chiffres globaux sur les patients auxquels on a injectĂ© des biopolymĂšres.

BBC Mundo a appelĂ© le salon de beautĂ© de Caracas oĂč Yadira s’est fait implanter des biopolymĂšres, mais nous n’avons pas obtenu de rĂ©ponse.

YADIRA PÉREZ

CrĂ©dit photo,YADIRA PÉREZ

LĂ©gende image,Yadira s’est fait enlever les fesses pour retirer les biopolymĂšres.
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Au cours des 16 annĂ©es qui se sont Ă©coulĂ©es depuis l’injection de ses implants, Yadira a subi deux liposuccions au laser et une intervention chirurgicale pour les retirer.

Lors de la derniĂšre intervention, elle a dĂ©cidĂ© de se photographier pour documenter le traitement et la guĂ©rison, tout en contractant un prĂȘt pour payer l’opĂ©ration et les mĂ©dicaments Ă  Miami, la ville de Floride (États-Unis) oĂč elle vit depuis deux ans.

Yadira fait partie d’un groupe composĂ© de 44 femmes originaires de Cuba, de Colombie et du Venezuela, qui vivent dans diffĂ©rentes villes des États-Unis et qui s’apprĂȘtent Ă©galement Ă  subir des interventions chirurgicales pour retirer les implants.

Dans ce tĂ©moignage Ă  la premiĂšre personne, il raconte son parcours Ă  travers les hĂŽpitaux, les cliniques et les spĂ©cialistes qui n’ont pas Ă©tĂ© en mesure de dĂ©terminer si ses symptĂŽmes Ă©taient liĂ©s aux implants ni de lui proposer des traitements efficaces pour Ă©liminer sa douleur.

« Faisons vos fesses »

En 2007, il y a eu un boom des chirurgies esthétiques à Caracas.

À l’Ă©poque, je vivais avec Henry, le pĂšre de mon fils Leo.

Henry achetait toujours le journal et dans les magazines, il y avait des publicités pour des chirurgies.

« Regardez, ils font les fesses. Un jour, il m’a dit :  » On va te faire les fesses « . « Imagine, tu vas avoir un gros cul. »

J’ai d’abord refusĂ©, mais j’ai fini par dire : « Je vais lui faire plaisir. »

Nous sommes allĂ©s dans un endroit qui n’Ă©tait mĂȘme pas une clinique, mais une salle d’opĂ©ration oĂč l’on pratiquait des implants mammaires et des liposuccions, comme une sorte de bureau qui se trouvait Ă  Bello Monte, Ă  Caracas.

Nous y sommes allĂ©s Ă  cause de la publicitĂ©, sans recommandation de qui que ce soit. Dans le magazine, il Ă©tait dit que le matĂ©riau de l’implant avait Ă©tĂ© utilisĂ© par des chirurgiens aux États-Unis et en Europe.

Je n’ai jamais pensĂ© Ă  me faire poser des implants parce que j’avais un bon corps. Je n’avais pas de grosses ou de petites fesses, elles Ă©taient proportionnelles Ă  mon corps et Ă  ma taille.

Mais il Ă©tait obsĂ©dĂ© par le fait qu’elle ait un gros cul. Nous commencions Ă  peine, nous Ă©tions en couple depuis un an environ.

J’avais dĂ©jĂ  des implants. J’ai subi une opĂ©ration des seins Ă  21 ans parce que j’avais des kystes mammaires et quand ils ont fait la biopsie, ils ont dĂ©couvert qu’il y avait des cellules malignes.

J’ai subi une mastectomie partielle des deux seins et on m’a posĂ© des prothĂšses.

Yadira a appris qu'elle pouvait s'injecter des biopolymÚres dans les fesses grùce à une publicité dans un magazine.

CrĂ©dit photo,AVEC L’AIMABLE AUTORISATION DE MAGDA GIBELLI

LĂ©gende image,Yadira a appris qu’elle pouvait s’injecter des biopolymĂšres dans les fesses grĂące Ă  une publicitĂ© dans un magazine.

« Posez un ruban adhésif »

La premiĂšre fois qu’Henry et moi sommes allĂ©s Ă  cette consultation, il y avait une file de femmes qui attendaient de mettre les biopolymĂšres.

Le mĂ©decin qui nous a traitĂ©es a dit qu’il Ă©tait chirurgien. Il nous a montrĂ© un petit flacon qui contenait le liquide qu’il allait m’injecter. Il n’a pas parlĂ© de biopolymĂšres, il a dit qu’il s’agissait de cellules en expansion pour donner du volume.

Le mĂ©decin nous a prĂ©sentĂ© son Ă©pouse, une femme plus ĂągĂ©e que lui. Il a dit qu’elle avait cette substance dans les fesses depuis plus de 15 ans et que cela ne l’avait pas gĂȘnĂ©e.

Elle Ă©tait vĂȘtue d’un pantalon en lycra et d’une flanelle moulante. Elle avait l’air cool.

MĂȘme si je n’en avais pas besoin, je savais qu’Henry allait insister jusqu’Ă  ce qu’il me fasse poser des implants, alors j’ai acceptĂ©.

J’Ă©tais trĂšs confiante, je n’ai rien lu ni fait de recherches sur ce que j’allais porter.

Le mĂ©decin m’a nettoyĂ© avec de la povidine (antiseptique), m’a injectĂ© une anesthĂ©sie locale et je n’ai rien vu d’autre parce que j’Ă©tais allongĂ© sur le ventre sur une civiĂšre.

À aucun moment je n’ai vu Ă  quoi ressemblait l’instrument utilisĂ© pour l’injection ou ce qu’il m’a injectĂ©. Je n’ai pas ressenti de douleur non plus.

Il a mis un pansement rond sur chaque petit trou oĂč il avait injectĂ© les biopolymĂšres et je suis rentrĂ©e chez moi.

Quand je me suis vue dans le miroir, j’ai Ă©tĂ© surprise. Henry a dit que c’Ă©tait merveilleux.

Au dĂ©but, j’ai eu l’impression que c’Ă©tait plus « chaud ». Je me sentais plus en confiance lors des rapports sexuels. Cela n’avait rien Ă  voir avec mon amour-propre, mais avec la satisfaction que nous Ă©prouvions pendant l’acte.

Mais les jours suivants, le liquide a commencĂ© Ă  sortir et Ă  mouiller mon pantalon. Le mĂ©decin m’a dit : « Posez un teipe » (ruban adhĂ©sif) et cela a arrĂȘtĂ© le liquide.

Des fesses rouges, dures et chaudes

J’avais un petit trou qui ressemblait Ă  de la cellulite et Henrry m’a dit d’aller chez le mĂ©decin pour y remĂ©dier.

Le mĂ©decin a rajoutĂ© du liquide, mais ce petit trou n’a jamais Ă©tĂ© comblĂ©.

Une semaine aprÚs cette deuxiÚme injection, mes fesses ont enflé. Elles sont devenues rouges, dures et chaudes.

Puis ma hanche et mon dos ont gonflĂ© jusqu’en haut (il montre ses omoplates).

Je ne pouvais plus me coucher. Je ne pouvais pas dormir sur le ventre Ă  cause des prothĂšses mammaires, ni sur le dos Ă  cause des biopolymĂšres dans mes fesses.

M’asseoir Ă©tait un vĂ©ritable calvaire. La douleur Ă©tait la mĂȘme que lorsque vous marchez sur le nerf qui court le long de sa jambe. Si elle me touchait, je ressentais une sensation de brĂ»lure.

Quand j’ai commencĂ© Ă  avoir ces problĂšmes, tout a changĂ© avec Henry. Nous n’avons plus fait l’amour, je ne pouvais plus supporter autant de douleur.

Il me la rĂ©clamait. Il n’avait aucune patience, il voulait satisfaire son dĂ©sir sexuel quoi qu’il arrive et il se fichait que je souffre ou que je me repose.

Yadira s'est photographiée en train de retirer des biopolymÚres.

CrĂ©dit photo,YADIRA PÉREZ

LĂ©gende image,Yadira s’est photographiĂ©e en train de retirer des biopolymĂšres.

« Vous nous avez dit que c’Ă©tait sans danger. »

Le mĂ©decin a commencĂ© Ă  m’injecter des mĂ©dicaments pour rĂ©duire l’inflammation et la douleur.

Chaque mois, lorsque j’avais mes rĂšgles, j’avais la mĂȘme rĂ©action : mes fesses, mon dos et mes hanches gonflaient. Ça devenait rouge, ça faisait mal, ça devenait trĂšs dur.

Il m’a fait des injections tous les mois et le problĂšme s’est rĂ©solu jusqu’au mois suivant.

Henry m’a accompagnĂ©e et a dit au mĂ©decin : « Vous nous avez dit que c’Ă©tait sans danger : « Vous nous avez dit que c’Ă©tait sans danger, que je n’allais pas avoir de rĂ©action. »

Et le médecin lui a dit : « Ne vous inquiétez pas, cela arrive parfois, mais avec ceci, nous allons résoudre le problÚme. « 

Le mĂ©decin m’a fait des injections tous les mois pendant un an environ.

Jusqu’au jour oĂč il nous a dit que cela lui coĂ»tait trop cher de continuer Ă  me faire des injections parce qu’il ne me faisait pas payer.

Yadira a passé un an à s'injecter des médicaments anti-inflammatoires aprÚs avoir utilisé les biopolymÚres.

CrĂ©dit photo,YADIRA PÉREZ

LĂ©gende image,Yadira a passĂ© un an Ă  s’injecter des mĂ©dicaments anti-inflammatoires aprĂšs avoir utilisĂ© les biopolymĂšres.

Cochon d’Inde

Le gonflement, la douleur, la duretĂ© et la rougeur revenaient Ă  chaque fois que j’avais mes rĂšgles. Je ne pouvais pas m’asseoir, je n’allais pas au travail, je me sentais trĂšs mal.

J’ai commencĂ© Ă  aller de mĂ©decin en mĂ©decin. Ils m’ont envoyĂ© des antibiotiques et des mĂ©dicaments antiallergiques, mais ils n’ont rien fait pour moi.

En fin de compte, personne ne voulait m’aider parce qu’ils ne comprenaient pas ce qui se passait.

Jusqu’Ă  ce que je trouve un mĂ©decin qui faisait des recherches sur les biopolymĂšres. Il m’a recommandĂ© de consulter un rhumatologue, qui m’a fait passer des examens et a dĂ©tectĂ© une polyarthrite rhumatoĂŻde au niveau de la hanche.

J’avais Ă  peine 27 ou 28 ans.

Le mĂ©decin m’a dit qu’elle ne savait pas si c’Ă©tait un produit des biopolymĂšres, mais elle m’a prescrit de la prednisone comme anti-inflammatoire.

Pendant un temps, j’allais chercher ce mĂ©dicament Ă  la pharmacie de la sĂ©curitĂ© sociale Ă  Caracas.

Puis le gonflement de la hanche et des fesses a diminuĂ©. Jusqu’Ă  ce que le mĂ©dicament cesse Ă©galement d’agir.

J’ai passĂ© environ un an Ă  consulter le mĂ©decin qui faisait des recherches sur les biopolymĂšres. Il ne savait pas trop quoi faire et a consultĂ© d’autres chirurgiens sur mon cas, jusqu’Ă  ce qu’il me recommande une liposuccion au laser.

Il a lui-mĂȘme admis qu’il n’Ă©tait pas prĂȘt Ă  me faire subir une chirurgie ouverte. La meilleure chose Ă  faire Ă  ce moment-lĂ  Ă©tait d’insĂ©rer une canule et d’extraire autant que possible.

Le mĂ©decin n’avait que deux patients atteints de biopolymĂšres, une autre dame et moi, nous Ă©tions donc comme ses cobayes.

J’Ă©tais tellement dĂ©sespĂ©rĂ©e que je lui ai dit que je voulais qu’il me retire tout ce que j’avais. Je n’avais aucune difficultĂ© Ă  marcher, mais ma hanche et ma colonne vertĂ©brale me faisaient mal.

Le Dr Nair Nayaranan explique Ă  Yadira comment il va extraire les biopolymĂšres dans son bureau de Miami.

CrĂ©dit photo,YADIRA PÉREZ

Légende image,Le Dr Nair Nayaranan explique à Yadira comment il va extraire les biopolymÚres dans son bureau de Miami.

« Ne vous injectez pas ! »

Henrry et moi avons Ă  nouveau parlĂ© au mĂ©decin qui m’avait donnĂ© les biopolymĂšres pour lui dire ce qui se passait et il y avait des files de femmes qui attendaient pour se faire poser des implants.

Un jour, j’ai eu une crise, j’ai baissĂ© mon pantalon dans la salle d’attente et j’ai montrĂ© mes fesses aux patientes qui Ă©taient lĂ , avec ce truc rouge et chaud.

« Ne vous injectez pas, ne vous injectez pas ! Regardez ce qui va vous arriver », leur ai-je dit désespérément.

Et l’une d’elles m’a rĂ©pondu : « C’est une loterie. « Ça n’arrive pas Ă  tout le monde. « 

Le mĂ©decin m’a dit qu’il ne pouvait plus m’aider. « Soit vous me rĂ©solvez le problĂšme, soit je viendrai tous les jours au cabinet et je montrerai mes fesses Ă  tout le monde pour faire fuir les patientes », lui ai-je dit.

Il a ensuite payĂ© la premiĂšre liposuccion que l’autre mĂ©decin, le chercheur, m’a faite en 2011, aprĂšs avoir effectuĂ© une IRM dans laquelle il a vu la quantitĂ© de matiĂšre que j’avais dans les fesses.

Ce mĂ©decin m’a apportĂ© un pot de mayonnaise plein de boules.

La Perte

Pendant un an, je me suis sentie bien. Mais en 2012, les symptĂŽmes sont rĂ©apparus lorsque j’ai eu mes rĂšgles.

Mon dos n’Ă©tait plus aussi gonflĂ©, mais mes fesses Ă©taient aussi dures que des blocs. Le mĂ©decin m’a fait passer une IRM et m’a dit qu’il restait environ 15 % de biopolymĂšres.

Il m’a fait une deuxiĂšme liposuccion, que j’ai payĂ©e, et j’ai portĂ© une gaine pendant trois mois.

Peu aprÚs, je suis tombée à nouveau enceinte.

J’ai eu ma premiĂšre fille Ă  17 ans et je n’avais pas eu de problĂšmes d’infertilitĂ©. Mais cette fois, Ă  32 ans, l’embryon n’a pas tenu.

Le mĂ©decin m’a diagnostiquĂ©e une thyroĂŻdite de Hashimoto (le systĂšme immunitaire attaque la thyroĂŻde) et m’a dit que la perte avait Ă©tĂ© causĂ©e par une activitĂ© irrĂ©guliĂšre de ma thyroĂŻde, peut-ĂȘtre un produit des biopolymĂšres.

Il ne savait pas si c’Ă©tait Ă  cause de ma thyroĂŻde que j’avais commencĂ© Ă  rejeter les biopolymĂšres ou si mon systĂšme immunitaire Ă©tait tellement hors de contrĂŽle Ă  cause des biopolymĂšres qu’il avait endommagĂ© ma thyroĂŻde.

Il a Ă©tĂ© frappĂ© par le fait qu’il n’avait pas eu de problĂšmes avec les prothĂšses mammaires. Mon corps n’avait pas rejetĂ© les prothĂšses mammaires, mais les biopolymĂšres.

Je n’avais pas besoin de vivre cela, j’ai Ă©tĂ© surprise par tout ce que j’avais souffert pour avoir les implants.

Ensuite, je suis retombĂ©e enceinte et en juillet 2014, j’ai eu mon fils LĂ©o sans problĂšme.

Léo aide sa mÚre à panser ses blessures aprÚs une opération chirurgicale visant à retirer les biopolymÚres.
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